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  • Pierre Simard

La gloire du Mollusque ©

Cette fable est ma 1024 ième.

Terminée d’écrire le 29 mars 2021, elle a pour objectif de souligner le 400e anniversaire de la naissance de Jean de LaFontaine.


Tous les droits d'auteurs sont réservés pour tous les pays.



La gloire du Mollusque

Vieux scribouillard outremontain dont l’éloquence,

l’algarade, la frustration et l’arrogance

transparaissent dans mon jargon et ma sentence,

sur requête de mes acolytes de France

à clamer à titre posthume l’influence,

l’importance, la nitescence et l’incidence

des mots du fabuliste de la Renaissance,

j’hésite, même s’il va de soi que j’encense.

Sans minauder, une fois n’étant pas coutume,

dans l’encrier de mon coeur, je trempe ma plume.


Agité par les remous de son fond de mer,

un Mollusque habitué à emprunter

les coquilles abandonnées par les aînés

eut vent que le Seigneur Crapaud, riche et fier,

cherchait en son grand royaume à soutenir l’art,

peinture, architecture, sculpture, musique

et plus que tout, littérature poétique,

en moins de deux, il en voulut avoir sa part.


Ne portant pas en son sein, talent créateur,

dans les mémoires du temps empoussiérées

il dénicha quelques manuscrits oubliés

que prestement il retravailla sans pudeur,

et pour dissimuler son indigne larcin

il y ajouta vocabulaire choisi,

piétage, syntaxe, rimes et poésie

puis présenta l’oeuvre qu’il signa de sa main.


Floué par la création non inédite,

subjugué autant par le fond que par la forme

de sa telle adroite langagière réforme,

Seigneur Crapaud passa commande tout de suite,

et pour que ce Mollusque n’aille point ailleurs

offrir son sûr talent et sa plume écrivaine

il fut anobli et apprécia l’aubaine,

pour si peu d’efforts, il était couvert d’honneur.


Tant que le mensonge tint, l'affaire dura,

puis, lorsque la source secrète fut tarie,

Mollusque improvisa de son cru quelques plis

qui suscitèrent désaveu et embarras,

poussant malgré lui l’usurpateur à l’exil

pour chercher et trouver preste solution

à sa carence de ne pas avoir de fond

sans qui le charme de la forme est inutile.

Ne regardant pas au rapt mais au résultat,

partout, Mollusque eut noble réputation,

donna nourriture au coeur et à la raison,

cafta vices, caprices et travers des rois

et balisa profondes des traces de pas

que depuis, quatre cents ans durant, maints émules,

attirés soit par l’art, la gloire ou le pécule,

s’approprièrent jusqu’à prestige ou trépas.


En cette morose année de la Covid-19

où le port du masque est sujet de controverses

et d'âpres prises de position adverses,

du jour anniversaire, prendre le teufteuf

pour faire éloge et rendre hommage mérité

à l’illustre et immortel Mollusque emprunteur

s’avère à la fois un devoir et un honneur

et il incombe à chacun d’y participer.

Loin de la sotte idée de faire ombrage au maitre

et de souiller l'art magique de LaFontaine

sans qui la fable serait demeurée lointaine,

la rendre accessible et la faire mieux connaitre

semble plus noble mission que d’étaler

en long et en large ma verve incendiaire

d'avoir moins de faveur et ferveur populaire

malgré la multitude d’efforts déployés.


Devant la magie de ses mots évocatoires

et son art majeur de l'appropriation,

sans bobard ni fausse courbette courtisane,

je courbe bien bas mon échine partisane

tout en taisant mes égotistes frustrations.

Qu'il trône bien haut dans le grand livre d'Histoire !


À moins d’être un âne, qui condamne se damne.

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